Halloween avant Halloween : Samhain et citrouilles
Halloween vient d'une fête celtique d'Irlande et d'Écosse, Samhain, située au passage de l'été à l'hiver, que l'Église a recouverte par la Toussaint et sa veille, All Hallows' Eve.
- 15/09/2026Par La rédaction du CartelSpécialités

Halloween vient d'une fête celtique d'Irlande et d'Écosse, Samhain, située au passage de l'été à l'hiver, que l'Église a recouverte par la Toussaint et sa veille, All Hallows' Eve. On n'y fêtait pas la mort mais la fin d'un cycle agricole, avec des feux, des repas et des visites entre voisins. La citrouille creusée, elle, arrive tard et vient d'Amérique : le navet et la betterave l'ont précédée.
D'où vient Halloween et que fêtait-on avant ?
Avant Halloween, il y a Samhain, prononcé à peu près « saouenne », attesté dans la littérature irlandaise médiévale. Les textes situent la fête au 1er novembre, avec une veille qui compte autant que le jour : le calendrier celtique fait commencer la journée à la nuit. On marque le début de la saison sombre, la rentrée des troupeaux, la fin des récoltes, le moment où l'on rentre ce qui doit passer l'hiver.
Ce qu'on y faisait, d'après les sources écrites tardives et le folklore collecté au XIXe siècle : des feux allumés sur les hauteurs, des repas partagés, des offrandes, des divinations sur les mariages et les morts de l'année. Les morts ne sont pas les seuls concernés : les récits parlent aussi de passages entre ce monde et l'autre, de voisins surnaturels qu'il vaut mieux ne pas offenser. Une partie de ce fonds a survécu dans les campagnes irlandaises et écossaises bien après la christianisation, sous forme de jeux, de gâteaux et de visites de porte en porte.
La fête chrétienne ne remplace pas tout d'un coup. La Toussaint, fixée au 1er novembre par le pape Grégoire III au VIIIe siècle, puis la commémoration des fidèles défunts le 2 novembre, installent une séquence de trois jours. La veille, All Hallows' Eve, devient Halloween en anglais. Les deux calendriers se superposent : on prie les saints, on se souvient des morts, et l'on continue d'allumer des feux et de faire du bruit. Cette superposition explique pourquoi la fête garde un air de seuil, sans être une simple survivance païenne.
Pour suivre ce fil de Samhain à Halloween, samhain to halloween history rassemble les repères de dates et les objets qui les portent. Le point utile pour un lecteur d'antiquités : ne pas chercher une origine unique, mais des couches. Chaque époque ajoute un geste, et ce geste laisse un objet.
Qu'est-ce que Samhain exactement ?
Samhain est d'abord un mot de calendrier : en vieil irlandais, il désigne novembre et la fête du 1er novembre. Ce n'est pas un dieu, ni une nuit de sorcières au sens où les images du XIXe siècle le suggèrent. Les sources antiques sont minces et tardives, souvent écrites par des clercs chrétiens ; il faut donc distinguer ce qui est attesté de ce qui est reconstruit.
Ce qui est attesté : une fête de seuil saisonnier, liée à l'élevage et aux récoltes, avec des feux et des assemblées. Ce qui est discuté : l'idée d'un « nouvel an celtique » universel, popularisée au XXe siècle, et l'ampleur exacte du culte des morts à cette date. Les spécialistes des études celtiques rappellent que la documentation est fragmentaire et que le folklore moderne n'est pas une photographie de l'Antiquité.
Ce qui reste solide pour un lecteur d'objets : Samhain se lit dans des pratiques matérielles. Un feu de joie se voit dans les récits de hauteurs allumées ; un repas rituel laisse des gâteaux, des galettes, des noix ; une divination laisse des assiettes, des miroirs, des pommes. Ces objets ne prouvent pas une continuité directe, ils montrent comment une fête se transmet par gestes plutôt que par doctrine.
Pourquoi creuse-t-on des citrouilles pour Halloween ?
La lanterne creusée ne vient pas d'Irlande avec la citrouille : elle vient d'Irlande et d'Écosse avec le navet. On évidait un navet, une betterave ou une pomme de terre, on y plaçait une braise ou une chandelle, et on la posait près d'une porte ou le long d'un chemin. Le nom anglais jack-o'-lantern vient d'un personnage de conte, Jack, condamné à errer avec une lanterne, et du feu follet qu'on appelait ainsi. L'objet sert à éclairer, à effrayer, à signaler une maison, parfois à se moquer d'un voisin.
La citrouille arrive avec l'Amérique. Le fruit, cultivé par les peuples autochtones, est adopté par les colons européens, et il devient courant dans les jardins du Nord-Est des États-Unis au XIXe siècle. Sa chair est plus tendre, sa paroi plus épaisse, sa taille plus généreuse : vers le milieu du XIXe siècle, la citrouille remplace le navet dans la lanterne d'automne. Le changement est matériel avant d'être symbolique. On ne creuse pas une citrouille par tradition immémoriale, on la creuse parce qu'elle se travaille mieux et qu'elle pousse en abondance à la fin de l'été.
Pour un collectionneur, cette histoire laisse des traces datables : cartes postales anciennes montrant des navets-lanternes, moules à gâteau, papiers découpés, catalogues de décorations. La date de ces objets aide à suivre le basculement du navet vers la citrouille, et le passage d'une fête rurale à une fête commerciale.
Que montrent les cartes postales anciennes d'Halloween ?
Les cartes postales d'Halloween se développent surtout entre 1900 et 1920, en Allemagne, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Elles montrent ce que les textes décrivent mal : des enfants masqués, des feux, des pommes suspendues, des chats, des chouettes, des navets-lanternes, puis des citrouilles. Le support est datable par l'éditeur, le timbre, la mise en page et le procédé d'impression.
Ce que ces images disent du folklore est limité mais précis. Elles fixent une iconographie d'octobre : orange et noir, sorcières, fantômes, lune. Elles montrent aussi des pratiques de jeu, comme mordre une pomme suspendue ou verser du plomb fondu dans l'eau pour lire un présage. Ces jeux sont des divinations d'automne, souvent liées au mariage, et ils circulent entre l'Irlande, l'Écosse, l'Angleterre et l'Amérique du Nord.
Pour dater une carte, on regarde le dos : divisé ou non, la mention de l'éditeur, la qualité de la chromolithographie. Une carte non divisée au dos est antérieure à 1907 environ. Une carte signée d'un illustrateur connu se situe dans une fourchette plus serrée. Ces repères valent aussi pour les découpages et les décorations de papier de la même période, souvent fragiles et souvent recollés.
Comment les traditions varient-elles d'un pays à l'autre ?
L'Irlande et l'Écosse gardent des feux, des jeux de divination et des repas, avec des variantes locales fortes. L'Angleterre connaît la veille de la Toussaint, mais la grande fête populaire du feu reste le 5 novembre, avec Guy Fawkes. L'Amérique du Nord invente la tournée des bonbons au XXe siècle, après une période de désordre et de farces, et donne à la fête son visage commercial : costumes achetés, décorations de perron, bonbons emballés.
En France, la Toussaint reste une fête de cimetière et de chrysanthèmes ; Halloween s'installe brièvement dans les années 1990 par les commerces et les écoles, puis recule. En Espagne et en Amérique latine, le Día de los Muertos du 1er et 2 novembre a ses propres objets : autels, crânes de sucre, papiers découpés. Ces traditions ne se confondent pas, elles se croisent dans les vitrines et les images.
Pour un lecteur d'antiquités, la leçon est simple : une fête se lit par ses objets, et ses objets changent de pays en pays. Un navet creusé, une carte postale de 1910, un moule à gâteau en fonte, un masque en carton des années 1930 : chacun date une pratique et une géographie.
Ce qu'il faut retenir
Halloween n'est pas une fête ancienne conservée intacte. C'est une superposition : un seuil saisonnier celtique, une veille chrétienne, des jeux et des feux transmis par le folklore, puis une fête américaine de voisinage et de commerce. Samhain n'est pas un dieu ni une nuit de sorcières, c'est une date de calendrier et un ensemble de gestes. La citrouille creusée n'est pas immémoriale, elle remplace le navet au XIXe siècle pour des raisons de matière et de disponibilité.
Relire ces fêtes à travers leurs objets évite deux erreurs : croire à une origine unique, et croire que tout se vaut. Ce qui se voit, ce sont des dates, des matériaux, des images. Ce qui s'affirme, ce sont des continuités qu'il faut prouver. La méthode vaut pour Halloween comme pour un meuble ou une sculpture : on décrit, on date, on distingue.
Référence consultée : www.britannica.com.
La fête se prépare aussi en famille : décorer avec des enfants traite des repas, des écrans et du soir.
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